Le Japon, une invitation à la méditation

Les Japonais ont créé un magnifique rituel autour de la consommation du thé. Au Japon, la cérémonie du thé porte le nom de «chado» ou «sado », un mot qui signifie «voie du thé». On lui donne aussi le nom de «Cha-No-Yu» (eau chaude pour le thé).

La cérémonie du thé est un rituel qui fut élaboré sur une période de plusieurs siècles par les prêtres bouddhistes zen. Elle est fondée sur l'appréciation de la vie et de la routine quotidiennes. C'est lors de la Période Kamakura (1192-1333) que les prêtres japonais mirent cette cérémonie en pratique pour la première fois. Ayant découvert que le thé les aidait à rester éveillés durant leurs longues heures de méditation, ils en firent un des éléments de leur vie quotidienne. C'est en l'honneur de Bodhidharma, le fondateur du bouddhisme zen, qu'on intégra plus tard la cérémonie du thé aux rituels zen

La cérémonie du thé fut portée au degré de perfection que nous lui connaissons aujourd'hui surtout par trois moines zen du XIIème, XIIIème et XIVème siècles: Ikkiyu (1394-1481), un ancien prince, Murata Shuko (1422-1591), un disciple d'Ikkyu, et Sen no Rikyu (1521-1591) qui la fit connaître aux militaires; il devint ainsi coutume d'assister à une cérémonie de thé avant une bataille.

Sen et ses disciples donnèrent alors à la cérémonie du thé le style connu sous le nom de «wabi », mot qui signifie «tranquillité, simplicité et absence d'ornements ». Le wabi comporte quatre points majeurs:

1. L'harmonie entre les invités et le matériel utilisé.

2. Le respect les uns pour les autres et pour les ustensiles dont on se sert.

3. La propreté (une pratique shinto oblige quiconque à se laver les mains et la bouche avant d'entrer dans la maison de thé).

4. La tranquillité sur laquelle on insiste durant toute la cérémonie en procédant lentement et délicatement et en accordant à chaque élément le soin le plus minutieux.

Ce grand homme fit de la consommation du thé, en même temps qu'un art, une philosophie et un plaisir.

    

Le chanoyu

La cérémonie du thé, le chanoyu, se déroule dans une maison de thé (chashitsu), un petit édifice détaché du reste de la maison. La plupart des maisons de thé mesurent 3 mètres (10 pieds) carrés et comprennent une alcôve (toko-no-mo) dans laquelle est suspendu un manuscrit. L'alcôve est parfois remplacée par un arrangement floral. On trouve aussi habituellement dans la maison de thé: une toile, un foyer (ro) où faire bouillir l'eau et sur le plancher une natte (tatami). La porte donnant accès à la maison est basse de sorte que les invités doivent se pencher pour y entrer. En les forçant à l'humilité, cela les rend égaux aux yeux des autres.

Offrir le thé ne s'improvise pas. Les hôtes suivent préalablement un véritable apprentissage. Il s'agit de recevoir dans les règles de l'art. De la gestuelle au choix du thé et des ustensiles, rien n'est laissé au hasard. Un hymne au respect et à l'harmonie entoure ce moment d'apaisement du corps et de l'esprit.

La cérémonie traditionnelle du thé se déroule toujours au sein d'un pavillon de thé, composé d'une antichambre et de tatamis ; un tatami ne peut recevoir que trois hôtes. Elle dure de 3 h 30 à 4 heures et représente un énorme travail pour celui qui reçoit. Le déroulement se fait en cinq étapes:

• La traversée des jardins c'est un apaisement du corps et de l'esprit.

• Le repos.

• La traversée des jardins pour s'alléger.

• Le thé fort (qui contient deux à trois fois plus de poudre que le thé léger avec la même dose d'eau).

• Le thé léger.

L'hôte suit un rituel très précis pour servir ce thé vert, composé de feuilles de thé fermentées et broyées. Appelée aussi Matcha, cette poudre a longtemps été considérée comme une plante médicinale aux vertus énergétiques, les moines étant reconnus pour leur tonicité.

• Un gâteau très sucré est placé devant l'invité.

• L'hôte entre sur le tatami du pied droit il apporte un pot d'eau froide et les bols.

• Le four portable en fonte est placé plus ou moins près de l'invité, selon la saison, pour le réchauffer ou ne pas l'indisposer.

• L'hôte purifie chaque ustensile un à un ; ses gestes sont lents mais ininterrompus. Le fouet, le pot à thé, la louche, la serviette ne sont pas choisis au hasard ils correspondent au thème de la cérémonie du jour (célébration de l'automne, Lune.. .1.

• Il préchauffe le bol avec un peu d'eau du four puis fait signe à son invité de manger le gâteau, tandis que la poudre est déposée au fond du bol et recouverte d'eau chaude et remuée avec le fouet.

• Le gâteau terminé, l'invité se lève, suit un chemin très précis, s'assied face à son hôte et saisit la tasse qu'il place sur la paume de sa main gauche. Puis il rejoint sa place suivant le même circuit.

• La dégustation suit. Le thé vert n'est jamais sucré, il se boit nature et sa saveur amère est adoucie par le gâteau. Puis l'invité rend son bol et l'hôte refait le même rituel de purification qu'au départ et quitte le tatami du pied gauche.

La cérémonie du thé est normalement réservée aux initiés. Celui qui reçoit ne boit pas le thé, tant sa tâche est difficile et sacrée. C'est une offrande, il la réalise dans le plus pur respect de la tradition. Tel un opéra, chaque geste est une note de musique sur une partition qui ne tolère aucun défaut. Les années d'entraînement permettent de maîtriser cet art à la perfection. L'objectif est bien au-delà de la convivialité d'une tasse de thé : il s'agit d'apaiser la soif du corps et de l'esprit, conformément à la philosophie bouddhiste. C'est une sorte de méditation animée qui sous-tend une véritable discipline de vie. « La voix du thé » est un sacerdoce qui exige rigueur et sacrifices l'hôte ne doit pas grossir pour maîtriser une gestuelle parfaite, mais doit se reposer, garder son calme et œuvrer corps et âme.

Aujourd'hui, les Japonais connaissent tous la tradition mais peu d'entre eux la perpétuent. Les plus jeunes désireux de la perpétuer la vivent comme un apprentissage extrascolaire. Peu d'entre eux possèdent un pavillon de thé et le jardin environnant, mais les municipalités en mettent à leur disposition pour les louer le temps d'une cérémonie digne des plus grands chemins initiatiques...

   

Le saviez-vous ?

Le Japon ne produit que des thés verts cultivés sur le Mont Fuji, à Schizuoka et dans l'île de Jyusu. Les feuilles des thés verts japonais - de même que les infusions qu'elles produisent - sont d'un vert plus vif que celles des thés verts chinois. Leur goût est aussi plus fort. Le thé vert japonais est très riche en vitamine C et constitue un excellent digestif avant et après les repas.

    

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